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Attention à l'unité d'exploitation
Étant de nature immobilière, l’hypothèque légale de construction doit être
publiée au registre foncier, à l’encontre de l’immeuble sur lequel les travaux ont eu lieu.
De façon générale, l’immeuble est identifié au registre foncier par un numéro de lot et
correspond à un seul bâtiment. Cependant, il peut arriver que le bâtiment que l’on doit
construire soit identifié au registre foncier par plusieurs lots.
Prenons l’exemple d’un projet de construction de dix maisons jumelées en rangée, où
chacune des maisons possède son propre lot au registre foncier, dans le cadre duquel un
maçon a exécuté ses travaux sur l’ensemble du bâtiment, soit les dix maisons jumelées, à
la demande d’un entrepreneur général qui est propriétaire de l’ensemble des lots. Dans
l’éventualité où le maçon demeurerait impayé d’une somme de 10 000,00 $, il y a lieu de
se demander si celui-ci doit publier une seule hypothèque légale sur l’ensemble des lots
ou dix hypothèques légales distinctes grevant chacun des lots.
Ces considérations, bien que théoriques à première vue, ont une incidence pratique
importante au niveau économique puisque des frais de publication et de signification
devront être déboursés par l’entrepreneur pour chaque hypothèque.
La réponse à notre question peut sembler simple : il faut publier autant d’hypothèques
légales qu’il y a d’unités d’exploitation. Ainsi, dans notre exemple, le bâtiment dans
son ensemble, comprenant les dix maisons en rangée pourrait être qualifié d’une seule
unité d’exploitation tout comme on pourrait argumenter que chacune des maisons jumelées
constituent des unités d’exploitation distinctes.
L’unité d’exploitation est un concept qui a été développé par les tribunaux pour
identifier l’objet de l’hypothèque légale et se définit comme étant « toute l’étendue
de terrain, avec ses constructions et ses accessoires, que le propriétaire utilise pour
une même fin et qui forme une entité complète. ». Un entrepreneur pourra donc publier
une seule hypothèque légale lorsque les différents lots constituent une unité
d’exploitation.
Plusieurs critères ont été élaborés par les tribunaux pour déterminer si plusieurs lots
forment une seule unité d’exploitation. Ainsi, les constructions doivent : 1) appartenir
au même propriétaire 2 ) être contiguës 3) être utilisées comme un tout 4) être
interdépendantes 5) être inaptes à être possédées séparément. À noter que cette inaptitude
doit être analysée au moment de l’exécution des travaux. Par ailleurs, les travaux de
construction devront avoir fait l’objet d’un seul contrat, pour un prix global et avoir
été exécuté en même temps.
Ainsi, la question de savoir si plusieurs lots ou constructions forment une seule
unité d’exploitation est factuelle, variera selon les particularités du projet et de
la relation contractuelle en cause.
Dans notre exemple, si on détermine que chaque maison constitue une unité d’exploitation,
il faudra alors publier dix hypothèques. Le maçon à qui l’on doit une somme de 10 000,00 $
devra donc distinguer quels sont les travaux qu’il a exécutés pour chaque maison et
ventiler la somme due en fonction de chacune d’elles. Il peut être très complexe,
voire même impossible, pour un entrepreneur de déterminer avec précision combien il lui
est dû pour chaque construction. Pensons à notre maçon qui aurait conclu un contrat à
forfait l’entrepreneur général propriétaire des dix maisons en rangées, dont les travaux
auraient tous été exécutés en même temps. Comment répartie-t-on le solde dû de
10 000,00 $ ? Malheureusement, il n’y a pas de formule consacrée. Bien que le concept
d’unité d’exploitation puisse s’avérer difficile à appliquer dans les faits, plus un
entrepreneur sera organisé, plus il sera aisé de procédé à la ventilation de sa
créance.
Un entrepreneur devra donc avoir en tête ces éléments lors de la conclusion d’un contrat
d’entreprise dont le bâtiment que l’on projette sera constitué de plusieurs lots.
Évidemment, pour l’entrepreneur, il y a net avantage au point de vue économique à favoriser
une conception plus élargie de la notion d’unité d’exploitation. Un seul contrat, un
prix global, une exécution simultanée des travaux sans distinction entre les différents
lots, une facturation globale sont tous des éléments qui favoriseront une qualification
plus large de l’unité d’exploitation. Toutefois, malgré les précautions qui peuvent être
prises, il n’en demeure pas moins que les tribunaux ont tendance à se référer à la finalité
de la construction et non à la manière dont elle a été réalisée pour déterminer le nombre
d’unités d’exploitation.
Article rédigé par Me Natacha Boivin, avocate

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